John FRANCEY

« Écrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture… » Jean Cocteau

« Écrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas, il n'est qu'écriture... »

Jean Cocteau.

Couverture-Le stylo enchanté
Le stylo enchanté-4ème de couverture-John francey

Prologue

« Le roman est un mensonge qui dit toujours la vérité... »

Jean Cocteau

Liam, beau gosse, 25ans, prit le verre et, tout en le contemplant, se mit secrètement à espérer qu’il fut rempli de mort aux rats ou d’un autre poison mortel. Comme cela ses ennuis seraient terminés, enfouis, disparus … S’il croyait en la métempsychose ou en la réincarnation, cela ne signifierait qu’un « au revoir », une nouvelle chance de repartir du bon pied…

Mais il n’y croyait pas. Et il vivrait donc la mort, comme un échec, un de plus !

Lundi 4 novembre 2019, vingt heures trente, bar « le Jack-pote » au cœur du quartier chaud de Montpellier. Jack, le patron du bar, prend son service du soir.

   — Salut Liam, qu’est-ce que je te sers, café, Bière ?

   — Merci, Jack, mais ce soir, ce sera un autre whisky, sans glaçon. J’en ai bien besoin ! Tu peux me faire crédit ?

   — Bien sûr ! Tu as des soucis d’argent ?

   — Si seulement… J’ai perdu mon boulot de reporter vidéo chez News24, ma carte bleue ne marche plus et, pour couronner le tout, ma femme vient de m’ordonner de dormir à l’hôtel et de venir demain prendre mes valises.

   — Ça, c’est une vraie galère ! Toi, tu ne rigoles pas quand tu t’y mets… Tu penses que c’est provisoire ou définitif ?

   — Pour la carte bleue ?

   — Non, pour ta femme !

Jack posa un verre sur le comptoir en face de Liam et lui servit un whisky de sa bouteille personnelle, tout en continuant à le questionner…

   — Alors, qu’est-ce que tu vas faire ?

   — Je n’ai même pas de voiture. J’aurais pu dormir dedans. Et mon scooter est dans le garage de mon ex ! Je vais téléphoner à des potes pour voir s’ils peuvent m’héberger cette nuit. Et demain sera un autre jour…

   Quand Liam sortit du bar, il ne savait plus combien de verres il avait bu, ni même l’heure qu’il pouvait être. La pluie venait de s’arrêter. Comme souvent en automne à Montpellier, les pluies étaient violentes et courtes. La longue nuit ne faisait que commencer, mais Liam ne le savait pas encore…

Il se saisit de son smartphone pour tenter une dernière conciliation avec sa compagne. Son état d’imprégnation avancé lui donnait enfin le courage de lui téléphoner. Il s’éloigna du trottoir pour mieux capter quand, soudain, deux phares blanc-jaune lui firent face. Il s’écarta brusquement et laissa tomber son smartphone dans une grosse flaque irisée par les néons. La voiture, qui n’avait pas eu le temps de freiner, lui envoya une immense gerbe d’eau qui le trempa de haut en bas.

   — Et ça continue, maugréa Liam, tout en s’essuyant le visage dégoulinant.

Il récupéra son smartphone, non étanche, et donc provisoirement inutilisable et il l’éteignit.

Il décida de tenter de se faire héberger chez Philippe, son ami de fac. Celui-ci n’habitait pas très loin.  Il s’enfonça dans un dédale de ruelles sombres. En effet, l’orage, un violent épisode cévenol, avait provoqué l’arrêt d’un transformateur et, dans le quartier, tous les lampadaires étaient éteints. Le jeune reporter ne reconnaissait plus les bâtiments. Il était perdu.

Il essaya de marcher plus vite. Mais il avait décidément trop bu. Il glissa sur les pavés huilés par les larmes des nuages tristes. À ce moment-là, assis sur une flaque, il lui sembla que toute la ville pleurait. Il essuya machinalement ses yeux plus qu’humides.

   — « Arrête de chialer, ça use tes beaux yeux », lui disait sa mère autrefois… Mais elle n’était plus là pour l’aider. Elle était partie depuis quelques années déjà. Un implacable cancer du foie qui apparut et se développa très vite, trop vite. Il fut émotionnellement abasourdi, consumé par la surprise et le chagrin.

Il ne connaissait pas son père. À sa connaissance, il était fils unique.

Il avait donc vécu la disparition de sa mère, son seul lien familial, comme un abandon injuste. La vie lui jouait un mauvais tour.

Et cela continuait…

Un frisson agita tout son corps. Il commençait à sentir le froid et la fatigue.

Dans un sursaut de conscience, il se souvint du grand rond-point, occupé 24 heures sur 24 par les gilets jaunes. Il avait fait un reportage dessus. Là-bas, il pourrait trouver un abri où se reposer et retrouver des forces…

Chapitre 1

« À côté des flammes, la chaleur … »

Quand il aperçut le grand feu de joie allumé au milieu du carrefour du grand M, il s’était écoulé plus d’une demi-heure…

   —  Enfin, s’écria-t-il, je vais pouvoir me chauffer et me sécher !

En s’approchant, il aperçut un visage connu. Celui de Denis, qui lui avait accordé une interview deux jours auparavant. Il faisait figure de chef, de responsable, organisateur de l’occupation du rond-point du grand M. Petit, plutôt rondouillard, Denis n’en imposait pas physiquement. Mais quand il parlait, il était tellement chaleureux qu’il en devenait presque charmant.

   —  Alors le reporter, s’écria-t-il, tu viens enquêter sans caméra ?

   —  Non ! Ce soir je ne viens pas en tant que journaliste, mais en tant que sympathisant gilet jaune. En quelques secondes, il avait choisi cette approche, car c’était celle qui avait le plus de chance de lui assurer le gîte, et peut-être même le couvert…

   —  Alors bienvenu camarade sympathisant ! T’as l’air trempé et frigorifié. Viens donc près du feu ! lâcha Denis en se frottant les mains au-dessus des flammes.

   —  D’accord, je ne vais pas dire non !

Liam se positionna à côté du feu, dans le sens du vent. Ainsi la chaleur parvint jusqu’à lui avec une vigueur chaleureuse. Assez rapidement, il dû se reculer légèrement, tellement l’irradiation était forte. Quand il fut sec, il se décala pour se rapprocher de Denis qui parlait à deux nouveaux arrivants. Ceux-ci arboraient fièrement des gilets jaunes qui semblaient avoir beaucoup servi. C’était visiblement des habitués du rond-point. Leurs bras étaient chargés de victuailles.

   —  Merguez ! cria l’un d’eux.

   —  Barbecue ! répondit Denis, du tac au tac. Et, joignant le geste à la parole, il s’empara d’une grande grille qu’il entreprit de désinfecter à la flamme.

Quand la cuisson fut terminée, il invita Liam à se joindre à eux. Celui-ci ne se fit pas prier. Il enfourna deux sandwichs comme s’il n’avait pas mangé depuis une éternité. Quand il fut rassasié, sa digestion naissante, comme souvent, monopolisa son énergie. Une immense envie de dormir l’envahit. Discrètement, il évoqua son problème de logement à Denis. Très compréhensif, celui-ci lui indiqua de la main une grande tente verte, certainement en provenance d’un surplus militaire.

   —  Celle qui est à côté du groupe électrogène. Celle d’où sort de la fumée. Une surprise t’attend… Mais tu me promets de garder le secret, d’accord ? Pas de reportage, promis ?

Liam acquiesça de la tête. De toute façon, son esprit était trop embrumé par la fatigue pour tenter de négocier quoi que ce soit… Il se sentait comme éteint, comateux. De plus, il avait accepté de boire deux Picon bière. C’était une boisson typique de l’Est de la France qu’il ne connaissait pas. Mais il l’avait appréciée dès sa deuxième gorgée. L’effet de l’alcool se conjugua avec l’épuisement de cette journée riche en émotions…

Languide, il avança en titubant légèrement. Son point de repère, c’était le groupe électrogène. Son ronronnement était facile à localiser. La grande tente, qui était à côté, était allumée par deux projecteurs de chantier de sorte que l’on ne voyait rien de ce qui se passait à l’intérieur.

Alors qu’il était à trois, quatre mètres de celle-ci, il décida que l’urgence était de se soulager la vessie. Il profita d’un coin à l’ombre pour sortir son instrument et arrosa copieusement un pauvre poteau électrique qui n’avait rien demandé. Machinalement, il visa le plus haut possible sur le poteau. Et il se souvint de cette émission scientifique qui expliquait que les animaux devinaient la hauteur, et donc le danger potentiel, de leurs concurrents sur le territoire, en fonction de la hauteur des urines.

L’homme serait-il un animal comme les autres ? En tout cas, il en a gardé certaines caractéristiques… songea Liam tout en refermant sa braguette.

   —  Il est temps maintenant de découvrir le secret du rond-point du grand M, se dit-il soudain !

Cette aura mystérieuse mâtinée d’étrangeté clandestine commençait à l’intriguer au plus haut point. L’alcool faisait de plus en plus effet.

Il commença à essayer de deviner ce qui se cachait dans cette immense tente qui était éclairée comme une base militaire un soir de Noël. Porté par ses souvenirs de lecture d’enfance, il imagina en premier une fumerie d’opium comme dans Sherlock Holmes ou Corto Maltese. Une dizaine de lits de camp avec, à côté de chacun une petite table avec la pipe à opium et tout le matériel nécessaire pour les préparer. Ici et là, des corps alanguis par les fumées voluptueuses.

Ou alors un casino ou un bar clandestin, imagina-t-il encore.

Toujours en titubant, il se rapprocha du moment où il allait pouvoir lever le rideau sur cet épais mystère. Il fit un pas de plus et il tendit la main. Il écarta le fin voile de moustiquaire qui en obturait l’auvent. Alors qu’il était à l’abri sous cet avant-toit, il prit le temps d’être poli.

   —  Il y a quelqu’un ? dit-il en tapant du doigt sur la toile de la porte.

Au même instant, un homme, un de ceux qui avaient apporté les merguez et le pain, sortit de la tente, en refermant sa braguette. Il regarda Liam en souriant et lui lança sur le ton de la confidence :

   —  Ça pour sûr, elle aime la merguez … Sois respectueux, c’est la Diva des ronds-points !

Intrigué, Liam écarta la double toile qui servait de porte.

   —  Entrez jeune homme, dit une douce voix féminine. Je ne vous connais pas. Que faites-vous là ?

   —  C’est Denis qui m’a conseillé de venir dans cette tente !

   —  Qu’est-ce que vous voulez faire ? susurra-t-elle sur un ton langoureux…

   —  Me reposer et retrouver le moral. J’ai tout perdu en un jour !

Liam décida de jouer la carte de la sincérité et raconta à la jeune femme tout ce qui lui arrivait.

Tout à coup, il se rendit compte du luxe voluptueux qui caractérisait le mieux la décoration intérieure. Des guirlandes lumineuses étaient accrochées aux piquets et diffusaient une chaleureuse et douce lumière mettant en valeur les meubles et notamment l’immense lit qui trônait au centre de la pièce. Des peaux de félins lui servaient de couverture.

—  Ça, c’est du camping de luxe ! s’écria-t-il en son for intérieur.

L’environnement lui plaisait. La jeune femme inspirait confiance. À tel point que pour la première fois de la soirée, il se laissa aller :

—  Je peux tester le lit ? osa-t-il.

—  Bien sûr ! répondit-elle le sourire aux lèvres.

Il s’allongea tout habillé sur ce qui devait être une peau de tigre.

—  On ne s’est pas encore présenté. Je m’appelle Liam Desalpilles.

—  Des Alpilles comme les Alpilles autour des Baux-de-Provence ?

 —  Tout à fait !

—  Ç’est un coin que j’adore !

—  Et vous, comment vous vous appelez ?

—  On me surnomme la « Diva des ronds-points ». Mais mon vrai prénom est Rose. Mais tu peux me tutoyer !

—  D’accord ! Tu peux m’expliquer ce que tu fais sur les ronds-points ?

—  Je suis une riche veuve et j’emploie mon temps à me distraire ! Tout en étant utile aux gilets jaunes que je soutiens à ma manière…

Elle quitta son fauteuil et vint s’assoir sensuellement sur un coin du lit.

Liam s’aperçut alors qu’elle était plus âgée que ce qui lui avait semblé jusqu’à présent.

Il lui donnait maintenant la quarantaine. Mais ses traits fins faisaient d’elle une très belle femme.

—  Ça se traduit par quoi exactement ?

—  Je parle, je masse le dos et les épaules et plus si affinité… Je ne travaille, je n’officie que quand il fait nuit. Mais je pensais que Denis t’avait mis au courant !

—  Non, il ne m’a pas donné de détails. Il m’a juste conseillé de venir vous voir, mais de garder le secret.

—  Il ne t’a pas parlé de mon don ?

Liam hocha horizontalement de la tête.

—  Mon don c’est de lire dans les pensées les plus intimes. Tu veux que je te le prouve ? Je vais te prédire ce à quoi tu vas penser !

—  à quoi ?

—  Tu vas avoir une très très grosse envie ! dit-elle sur un ton lascif et sensuel.

Elle alluma la minichaine stéréo qui était à côté du lit et choisit une musique douce avec des bruits d’eau qui coule. L’ambiance était extrêmement relaxante.

Rose commença un strip-tease très langoureux. Tout son corps respirait le désir. Ses mouvements lents étaient calculés pour être les plus évocateurs possibles.

Liam commença à avoir chaud. Son souffle s’accéléra. Son cœur se mit à battre la chamade. Son cerveau bouillonnait. Il en vint même jusqu’à transpirer. Et ce n’était pas dû seulement au poêle à bois …

Elle était plus âgée que lui, mais son anatomie était parfaite, pensa-t-il. Et pour le reporter, la jeunesse de ses hormones rendait l’appel de la chair impérieux, difficile à contrôler… La bosse dans son pantalon ne cessait d’enfler. Elle atteint son paroxysme quand la main de Rose l’effleura.

À ce moment-là la Diva fit une pause. Elle lui servit une coupe d’un très bon champagne.

Liam le savoura en fermant les yeux…

C’est le concert de klaxons qui le réveilla. Tout autour du rond-point, il y avait des écriteaux sur lesquels il était inscrit : « Si vous nous soutenez, klaxonnez ! ». Et les automobilistes qui se rendaient à leur travail, s’en donnaient à cœur joie.

Liam regarda autour de lui. Ses yeux cherchaient instinctivement toutes formes pouvant se rapprocher de celles, parfaites, de l’ange du plaisir qui lui avait tenu compagnie une longue partie de la nuit. Mais la Diva avait disparu.

Sur le buffet, à côté d’un bouquet de roses jaunes, un objet attira son attention.  Une enveloppe était posée bien en évidence sur un oblong petit sac en velours clos par un ruban bleu.

Il ouvrit délicatement le pli, non sans l’avoir au préalable porté à ses narines. Un parfum délicat en émanait. Liam se crut au milieu d’une roseraie.

            « Cher Liam. Ton histoire m’a touchée et ta confiance m’a émue. J’ai décidé de te faire cadeau d’un objet très précieux qui appartenait à la famille de mon défunt mari.

            Il aurait été fabriqué par Léonard de Vinci dans le château du Clos Lucé à Amboise.

            Il se trouve dans le sac en velours sous cette lettre.

            Mais attention, il y a une condition ! Tu dois ne jamais le vendre sous peine de subir des échecs et des maladies à répétition pouvant aller jusqu’à la mort. En effet, cet objet est un stylo magique. Il fait l’objet d’une malédiction et d’une bénédiction. La malédiction tu la connais maintenant que je viens de te la communiquer. La bénédiction est un pouvoir surnaturel que tu ne devras jamais dévoiler à personne. Je suis soumise à cette même condition. Je ne peux donc rien t’expliquer. Tu devras le découvrir tout seul…

            Tout ce que je peux te dire c’est qu’il fonctionne après un rituel spécial. Il te faudra entrer dans un état d’autohypnose.   

            Fais-en bon usage !

            Je t’embrasse fort.                                                                            Rose

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